Grand Ecran : « Les Pépites », le documentaire qui m’a fait pleurer

Sortir perturbé d’une salle de cinéma, cela m’est déjà arrivé. Pour ne citer que lui, le « Mommy » de Xavier Dolan avait été pour moi une véritable claque. Sortir perturbé d’une salle de cinéma et avoir pleuré pendant la séance, c’est une grande première. Cette première, je la dois au documentaire « Les Pépites » de Xavier de Lauzanne. Jamais une production cinématographique n’aura aussi bien porté son nom. C’est une véritable pépite, un chef d’œuvre comme seule l’humanité tout entière de ses protagonistes peut en produire.

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Mêlant brillamment images d’archives et d’aujourd’hui, « Les Pépites » retrace le parcours de Christian et Marie-France des Pallières. Arrivés au milieu des années 90 au Cambodge, le couple va découvrir l’horreur qui sévit au cœur même de la décharge à ciel ouvert de Phnom-Penh. Des centaines d’enfants qui fouillent, souvent pieds nus et dans des vêtements plus proche de la loque que d’autre chose, les déchets des autres en espérant trouver de quoi manger ou rapporter de l’argent à leur maison. Maltraités et dans l’insalubrité la plus totale, ces enfants, qui n’ont pour certains même pas cinq ans, n’ont aucun accès à l’éducation. Victimes collatérales du régime Khmer Rouge, ce sont des milliers d’enfants qui n’auraient eu aucunes chances de s’en sortir sans l’aide apportée par Christian et Marie-France. Partis d’une simple paillote sur le site même de la décharge dans laquelle ils donnaient à manger aux enfants, Papy et Mamy, comme on les surnomme affectueusement, ont fondé l’école « Pour un Sourire d’Enfant » (PSE) qui accueille désormais plus de 7000 jeunes Cambodgiens.

Preuve, s’il en fallait une, de la réussite de ce projet plein d’altruisme, le documentaire a été tourné par les élèves de la filière audiovisuelle de PSE, une des 34 filières professionnelles de l’école. Et c’est superbement fait. L’image est belle, la valeur des plans est bonne, bref un véritable travail de professionnels. Seul défaut, certains synthés débordent du cadre, nous laissant en manque d’informations. Mais la post-production a été gérée en France.

Tout au long du documentaire, on ressent l’émotion et la reconnaissance de ces enfants envers ceux qui les ont sortis de la rue. Les témoignages de Christian et Marie-France n’en sont pas moins emplis d’émotions. « Les Pépites » véhicule un message extrêmement fort. Un message d’espoir. L’espoir que tous puissent avoir accès à l’éducation. L’espoir qu’à travers le monde d’autres Christian et Marie-France lancent ce genre d’initiatives. L’espoir que les parents n’aient plus à envoyer leurs enfants récupérer les déchets d’autres pour survivre. Y a-t-il vraiment chose plus belle que le sourire retrouvé d’un enfant qui a enfin accès à ses rêves ? Ce documentaire en offre par centaines.

Christian des Pallières, lui, n’aura jamais eu l’occasion de le voir sortir au cinéma. Il est mort le 24 septembre dernier dans l’indifférence la plus totale de la France. Il est vrai que les médias préfèrent les mésaventures d’une starlette plastifiée à la disparition d’un homme qui a consacré sa retraite au bonheur d’enfants défavorisés.

Vous pouvez faire un don à PSE via leur site www.pse.ong. Le prix d’un seul timbre poste permet de sortir un enfant de la décharge. Foncez.

Au cinéma est également sorti « Le ciel attendra », qui aborde le sujet sensible de la radicalisation. Je ne peux que conseiller d’aller le voir. Cette semaine, Tim Burton est de retour avec « Miss Peregrine et les enfants particuliers » et Bridget Jones attend son « Baby ». On n’oubliera pas non plus « Chouf », « Une vie entre deux océans », Don’t Breathe », « Mercenaire », « Poesia sin fin », « Le cancre », « L’histoire officielle », « La Philo vagabonde », « Vino Veritas », « Mirage de la vie » et « La dernière corvée ».

Antoine Rogissard